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Kabila hausse le ton contre Tshisekedi, mais son plan reste à venir

Dans un discours prononcé ce 9 octobre, l'ancien président dénonce l'ensemble de la gouvernance de Félix Tshisekedi et promet de dévoiler sa vision. Ses silences sur le Rwanda et le M23 soulèvent toutefois des questions de cohérence.

Matt Carlton
Kinshasa3 min de lecture
L'ancien président Joseph Kabila lors d'une précédente allocution.

Joseph Kabila a de nouveau pris la parole ce vendredi 9 octobre. Selon les comptes rendus d'Actualite.cd et d'UNE.CD, l'ancien président dénonce la dégradation sécuritaire, la répression politique, la corruption et les risques de modification de la Constitution. Il annonce qu'il présentera prochainement sa vision pour sortir le pays de la crise.

Ce discours n'est pas une rupture. Il prolonge l'offensive lancée en mai 2025, lorsque Kabila avait rompu six ans de silence pour proposer un « pacte citoyen » en douze points. Le contexte, en revanche, a profondément changé.

Un contexte radicalement différent

En dix-sept mois, la situation de l'ancien chef de l'État s'est transformée. La Haute Cour militaire l'a condamné à mort par contumace le 30 septembre 2025, et son parti, le PPRD, a été suspendu. Le 30 avril 2026, le Trésor américain l'a sanctionné pour soutien présumé au M23 et à l'AFC. Kabila conteste ces accusations, y compris devant un tribunal fédéral à Washington depuis août.

Le moment choisi n'a rien d'anodin. La loi référendaire, validée sous réserves par la Cour constitutionnelle le 28 juillet, revient devant le Parlement pour une nouvelle délibération. Kabila se positionne ainsi sur le sujet qui mobilise le plus largement l'opposition, les Églises et la société civile.

Un réquisitoire global

Le message est clair. Kabila ne conteste pas une décision en particulier, mais l'ensemble de la gouvernance de Félix Tshisekedi. Il s'inscrit dans la continuité de ses interventions précédentes, notamment l'entretien de mars 2026 dans lequel il appelait à « balayer le système ».

Un réquisitoire n'est cependant pas un programme. Kabila promet de dévoiler sa vision dans les jours et les semaines à venir. Programme, coalition, appui à un dialogue national : rien n'est encore précisé.

Le silence sur le Rwanda et le M23

C'est le point le plus sensible du discours. Kabila critique la stratégie militaire de Kinshasa, le recours aux Wazalendo et aux FDLR. Mais, selon l'analyse de BETO, il ne nomme explicitement ni le Rwanda, ni le M23, ni l'AFC, même s'il réclame le retrait des troupes étrangères.

Ce silence tranche avec la position des acteurs internationaux. La résolution 2773 du Conseil de sécurité exige à la fois la fin du soutien rwandais au M23 et l'arrêt du soutien des forces congolaises aux FDLR. Washington a également sanctionné l'armée rwandaise en mars 2026.

Sous sa présidence, l'armée congolaise avait vaincu le M23 en 2013. La question se pose donc d'autant plus : pourquoi refuse-t-il aujourd'hui de le nommer ?

Cette lecture critique ne dispense pas le gouvernement de répondre aux questions légitimes sur sa propre conduite de la guerre.

La Constitution, un test concret

Kabila s'oppose à toute révision destinée, selon lui, à prolonger le pouvoir en place. Le second mandat de Félix Tshisekedi s'achève fin 2028, et la Constitution verrouille le nombre et la durée des mandats.

Le débat constitutionnel est légitime, et la loi référendaire comble un vide juridique existant depuis 2006. Le vrai test est donc le suivant : le texte final permettra-t-il, oui ou non, de toucher à la limitation des mandats ? C'est ce texte qu'il faut juger, et non les intentions prêtées aux uns et aux autres.

Une exigence dans les deux sens

Le bilan de Joseph Kabila appelle lui aussi des comptes : le report des élections de 2016 à 2018 et l'accord conclu avec Félix Tshisekedi, qu'il combat aujourd'hui. À l'inverse, les failles du pouvoir actuel ne prouvent pas que l'alternative de Kabila serait meilleure.

Ce qu'il faudra surveiller :

  • le contenu des propositions annoncées, et s'il nomme enfin le M23 et le Rwanda ;
  • le texte final de la loi référendaire ;
  • l'évolution de son recours contre les sanctions américaines ;
  • la position des Églises sur un éventuel dialogue national.

Le Congo n'a pas besoin d'un discours de plus contre le pouvoir en place. Il a besoin d'un projet crédible pour la sécurité, les institutions et la réconciliation.

Joseph Kabila veut-il seulement contester Félix Tshisekedi, ou proposer une issue à la crise ? Ses prochaines interventions le diront.

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