Katanga : la RDC arrête des centaines de mineurs chinois au cœur de sa ceinture de cuivre
Selon Bloomberg, les autorités congolaises ont arrêté des centaines de ressortissants chinois dans la région cuprifère du sud du pays. L'opération marque une escalade dans la lutte contre l'exploitation illégale des minerais, mais elle pose aussi la question de l'État de droit et des relations avec Pékin.

Kinshasa — La République démocratique du Congo a arrêté des centaines de mineurs chinois dans sa principale région de production de cuivre, a rapporté Bloomberg ce vendredi 16 octobre 2026. [Préciser : nombre exact, date et lieux de l'opération, services impliqués et motifs avancés par les autorités.]
Par son ampleur, l'opération marque un tournant. Jusqu'ici, les interventions visaient quelques individus ou un site précis. Cette fois, l'État frappe massivement, dans la région qui fait de la RDC un acteur incontournable de la transition énergétique mondiale.
Une escalade annoncée
Cette opération s'inscrit dans une série de contrôles renforcés dans le Lualaba. Fin septembre 2026, la Direction générale de migration (DGM) avait déjà refoulé sept ressortissants chinois interpellés dans des concessions de Kamoto Copper Company (KCC) et de Metalkol, à Kolwezi. Ils étaient soupçonnés d'avoir acheté illicitement des minerais auprès de creuseurs artisanaux opérant sur des sites attribués à des opérateurs privés. La DGM avait alors annoncé la poursuite des contrôles dans les zones minières de la province.
En juillet 2025 déjà, plusieurs ressortissants chinois et congolais avaient été interpellés sur un site de Metalkol à Kolwezi. Selon des sources locales, l'exploitation illégale y aurait bénéficié de la protection de militaires et de personnes se réclamant de proches du pouvoir.
Le précédent du Sud-Kivu
Le Katanga n'est pas le premier terrain de cette confrontation. Au Sud-Kivu, 17 ressortissants chinois avaient été arrêtés en décembre 2024 sur une mine d'or illégale de Walungu. Leur libération rapide avait provoqué la colère du gouverneur et des manifestations à Bukavu.
Quelques semaines plus tard, trois Chinois interceptés avec douze barres d'or et près de 800 000 dollars en liquide étaient condamnés à sept ans de prison et à 600 000 dollars d'amende. C'était la première condamnation de ce type visant des négociants étrangers.
Ce précédent pose la question centrale : les arrestations de masse déboucheront-elles sur des procès et des recouvrements, ou sur des libérations discrètes ?
Les enjeux
L'opération touche à plusieurs intérêts à la fois.
- La souveraineté sur les ressources : l'État affirme sa volonté de contrôler la chaîne d'exploitation et de commercialisation, et de récupérer des recettes fiscales perdues.
- La relation avec la Chine : Pékin est le premier investisseur du secteur minier congolais. Une opération de cette ampleur aura des répercussions diplomatiques et économiques.
- Les creuseurs artisanaux : des milliers de Congolais vivent de la vente de minerais à des acheteurs informels. Sans alternative, la répression des intermédiaires peut frapper d'abord ceux qui sont en bas de la chaîne.
- La gouvernance interne : l'exploitation illégale prospère rarement sans complicités locales, administratives ou sécuritaires. Une lutte crédible doit aussi viser ces protecteurs congolais.
Cibler les pratiques, pas une nationalité
La légitimité de cette opération dépendra de son exécution. Le respect des procédures, le droit à la défense et l'individualisation des responsabilités sont essentiels. La lutte contre la fraude minière vise des pratiques illégales, pas une communauté. L'amalgame alimenterait les tensions et fragiliserait la position de la RDC face à ses partenaires.
La souveraineté minière se mesure moins au nombre d'arrestations qu'à la capacité de l'État à juger, recouvrer et réformer.
Ce qu'il faudra surveiller :
- la suite judiciaire réservée aux personnes arrêtées ;
- la réaction officielle de l'ambassade de Chine ;
- l'identification et la poursuite des complicités congolaises ;
- les mesures prévues pour les creuseurs artisanaux touchés.
Si cette opération ouvre la voie à une gouvernance minière transparente, elle fera date ; si elle s'arrête aux arrestations, elle rejoindra la longue liste des coups d'éclat sans lendemain.


