Envoyés dans des pays qu'ils n'avaient jamais vus : les expulsions américaines vers l'Afrique
Plus de 500 personnes que les États-Unis ne pouvaient pas renvoyer chez elles ont été transférées vers des États africains, selon Human Rights Watch. La Cour suprême américaine examine l'affaire en décembre.

Washington — Les États-Unis ont envoyé plus de 500 personnes vers des pays africains avec lesquels elles n'ont aucun lien, faute de pouvoir légalement les expulser vers le leur, selon un rapport de 125 pages de Human Rights Watch.
Le rapport, publié le 8 octobre, s'appuie sur des entretiens menés entre février et juillet avec 24 personnes transférées des États-Unis vers six pays : le Cameroun, la République centrafricaine, la République démocratique du Congo, la Guinée équatoriale, l'Eswatini et le Soudan du Sud.
Qui est concerné
Il ne s'agit pas d'Africains renvoyés dans leur propre pays. Ce sont des personnes d'autres nationalités, dont beaucoup s'étaient vu dire par la justice américaine qu'elles ne pouvaient pas être renvoyées chez elles parce qu'elles y seraient en danger.
L'une d'elles, désignée sous le nom de Tesfay T., est un Éthiopien de 35 ans. Il a expliqué aux chercheurs avoir fui après avoir été emprisonné et torturé. Un juge américain de l'immigration avait interdit son renvoi en Éthiopie. Il a été expulsé vers le Cameroun. Il dit avoir refusé de signer un formulaire acceptant un départ vers le Tchad, et qu'un agent de l'immigration l'a signé à sa place.
Au moins une douzaine des personnes envoyées en Afrique se sont identifiées comme LGBT, indique le rapport, et elles ont été envoyées dans des États qui pénalisent les relations entre personnes de même sexe. Certaines avaient été reconnues réfugiées aux États-Unis.
Ce qui s'est passé à l'arrivée
Les personnes interrogées ont décrit avoir été entravées pendant des vols de 18 heures ou plus, sans guère d'informations, voire sans aucune, sur leur destination.
Certaines ont été détenues à l'atterrissage. Certains pays d'accueil ont ensuite renvoyé des personnes vers leur pays d'origine, ce qui, selon Human Rights Watch, viole la règle du droit international interdisant de renvoyer quiconque vers un lieu où il risque la persécution ou la torture. D'autres, dit l'organisation, n'ont eu d'autre choix réaliste que de rentrer. Certaines, atteintes de maladies graves, ont eu du mal à obtenir des médicaments.
L'objectif affiché
Le rapport tire son titre d'un propos qu'il attribue à un responsable américain, qui a déclaré à la commission des affaires étrangères du Sénat que le but de ces transferts était de faire peur.
Le directeur par intérim du programme États-Unis de Human Rights Watch, Michael Garcia Bochenek, estime que cette politique est conçue pour causer des souffrances afin de dissuader les migrations, et que les gouvernements africains qui y participent en sont complices. Il les a appelés à mettre fin à leurs accords ou à les suspendre, et à ne détenir personne sans base légale claire.
La suite
La Cour suprême des États-Unis doit entendre en décembre les arguments sur la question de savoir si cette politique viole les garanties constitutionnelles d'une procédure régulière ou l'interdiction légale d'envoyer des personnes là où elles risquent la torture. Elle a autorisé la poursuite des expulsions dans l'intervalle.
Human Rights Watch a publié en annexe la réponse reçue de l'Organisation internationale pour les migrations.
Source : Human Rights Watch, 8 octobre 2026.


