Kaniola–Nindja : Walungu se souvient de ses morts et réclame paix, justice et réparations
Alors que les survivants se rassemblent pour honorer les victimes des massacres de Kaniola et de Nindja, Patricia Maisha, candidate à la députation nationale pour Walungu, appelle à en finir avec la peur et l'impunité dans un territoire où des civils sont encore tués.

Kinshasa — Chaque année, le 10 octobre, les communautés de Kaniola et de Nindja, dans le territoire de Walungu, au Sud-Kivu, se rassemblent pour se souvenir des civils tués lors des massacres qui ont dévasté leurs villages. Cette année, la commémoration porte un message plus lourd : la violence n'a jamais vraiment cessé.
Patricia Maisha, candidate à la députation nationale pour Walungu, a saisi l'occasion pour parler au nom d'une population qui, dit-elle, porte ses blessures depuis trois décennies. Son message était direct : les habitants de Walungu refusent de continuer à vivre dans la peur et l'incertitude, et ils réclament la paix, la justice et des réparations. Elle a appelé à mettre fin à une réalité où compter les morts et annoncer de nouveaux drames est devenu une routine.
Un drame qui a marqué une génération
Kaniola se trouve à une cinquantaine de kilomètres de Bukavu. En octobre 2006, des hommes armés identifiés localement comme des combattants des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) ont perpétré des tueries et des enlèvements de masse à Kaniola et dans la zone voisine de Nindja. Des témoignages locaux rapportés par Actualite.cd font état de plus de 500 morts, et plusieurs fosses communes ont été découvertes par la suite dans la région.
Les violences y sont plus anciennes. Les massacres de Kaniola et de Nindja sont documentés dans le rapport Mapping des Nations unies, qui recense plus de 600 crimes graves commis en RDC entre 1993 et 2003. Pour Walungu, les « trente ans de blessures » évoqués par Patricia Maisha renvoient à ce long cycle de violences ouvert par les guerres des années 1990.
Les survivants demandent depuis des années un tribunal pénal international, la reconnaissance des victimes, des réparations et des projets de développement pour leurs villages. Vingt ans plus tard, ces demandes restent largement sans réponse.
Des tueries qui se poursuivent
La commémoration se tient sur fond de nouvelles violences. En septembre 2026, le gouvernement provincial du Sud-Kivu a dénoncé un nouveau massacre de civils à Kaniola dans la nuit du 6 au 7 septembre, qu'il a attribué à la rébellion de l'AFC/M23. Il a appelé le gouvernement national à protéger les civils de toute urgence et demandé aux Nations unies, à la MONUSCO et aux organisations de défense des droits humains d'enquêter.
Auparavant, en novembre 2025, la coalition de la société civile Pamoja kwa Amani avait signalé des exécutions sommaires à Kaniola attribuées à des éléments de l'AFC/M23.
Pour les habitants de Walungu, les groupes armés ont changé au fil des années, mais la peur est restée.
Trois exigences : paix, justice, réparation
Le message de Patricia Maisha s'articule autour de trois exigences qui font écho à celles des survivants depuis vingt ans.
- La paix : rétablir la sécurité pour que les familles puissent vivre, cultiver et envoyer leurs enfants à l'école sans crainte.
- La justice : mettre fin à l'impunité pour les crimes commis à Kaniola et à Nindja, hier comme aujourd'hui.
- La réparation : reconnaître les victimes et soutenir les survivants et leurs communautés.
Son appel va au-delà du souvenir. C'est le refus d'accepter que la violence à Walungu soit tenue pour normale, ou que chaque nouveau drame soit simplement annoncé, compté puis oublié.
Commémorer les morts est un devoir. Faire en sorte qu'il n'y en ait plus à commémorer, voilà la véritable épreuve.
Trente ans après, Walungu attend toujours la paix, la justice et la réparation. Reste à savoir si ceux qui détiennent le pouvoir répondront enfin.


