La photographe éthiopienne qui a tourné l'objectif vers elle-même
Sosina Mengistu a commencé ses autoportraits alors qu'elle était bloquée pendant la pandémie. Six ans plus tard, le projet est devenu le témoignage de l'incertitude d'une génération.

Addis-Abeba — Quand la pandémie a fermé les universités éthiopiennes en 2020, Sosina Mengistu était en dernière année d'études d'ingénieur à l'université de Gondar. Pensant que la perturbation serait brève, elle est allée chez un oncle à Bahir Dar. Elle y est restée huit mois.
Faute de sujets autour d'elle, elle a tourné l'appareil vers elle-même. Il en est né So I See Me, un projet d'autoportraits qu'elle poursuit depuis et qu'elle raconte à la première personne dans la série « Women behind the lens » du Guardian.
Immobile, pendant que tout bougeait
Sosina Mengistu s'était mise à la photographie pendant ses études, d'abord avec son téléphone, en saisissant des scènes de la vie quotidienne à Gondar. Pendant le confinement, écrit-elle, l'autoportrait est devenu un moyen de traverser l'angoisse : obtiendrait-elle son diplôme, et que se passerait-il ensuite ?
Une image la montre appuyée contre une branche nue au coucher du soleil, en pleine saison des pluies, alors que les arbres alentour étaient couverts de feuilles. Elle n'y voyait pas de symbole sur le moment, dit-elle, mais a compris plus tard que la scène correspondait à ce qu'elle ressentait : être à l'arrêt, pendant que le monde continuait.
De l'ingénierie à la photographie
Elle a bien obtenu son diplôme, puis s'est installée à Addis-Abeba, où elle a encore cherché du travail pendant six mois. Elle a finalement quitté l'ingénierie pour se consacrer à la photographie.
Sur les milliers d'images prises à cette période, elle en a publié environ 153. Elle estime que l'incertitude qu'elles montrent n'est pas seulement la sienne, mais celle de nombreux jeunes qui tentent de se construire un avenir.
Cet article s'appuie sur le récit de Sosina Mengistu publié par le Guardian.


