Le Nigeria et le Kenya votent en 2027. Leurs jeunes aussi ?
Les deux pays ont passé 2026 à inscrire de jeunes électeurs par millions. Les chiffres se ressemblent. La politique qui les sous-tend, non.

Lagos — Le Nigeria et le Kenya, deux des plus grandes démocraties d'Afrique, se rendent tous deux aux urnes en 2027 : le Nigeria le 16 janvier, pour élire son président, et le Kenya plus tard dans l'année. Dans les deux pays, 2026 aura été l'année du fichier électoral, et dans les deux l'histoire du fichier est une histoire de jeunes.
Les grands chiffres vont dans le même sens. Ce qu'ils recouvrent est différent, et cette différence dit quelque chose de la façon dont les jeunes Africains choisissent de faire de la politique.
Nigeria : un grand fichier, plus âgé qu'il n'y paraît
La commission électorale nigériane indique que 9 324 349 jeunes Nigérians ont été nouvellement inscrits lors des opérations d'inscription de cette année. Elle a nommé des ambassadeurs de la jeunesse pour porter le message plus loin, au motif, selon son président, le professeur Joash Amupitan, que les jeunes écoutent les voix en lesquelles ils ont confiance.
Mais les nouveaux inscrits ne sont pas tout le fichier. Les chiffres présentés par la commission lors d'une réunion marquant les cent jours avant le scrutin montrent :
- électeurs de 18 à 34 ans : 29 777 576, soit 28,79 % du fichier ;
- électeurs de 35 à 49 ans : 43 265 946, soit 41,83 %, le groupe le plus nombreux ;
- électeurs de 70 ans et plus : 7,16 %.
Les moins de 35 ans, malgré leur nombre, forment donc le deuxième bloc, non le premier.
Il y a aussi un écart entre être jeune et être inscrit. Une enquête menée dans 34 établissements d'enseignement supérieur, discutée lors d'une rencontre organisée en août par le Centre for Journalism Innovation and Development, a révélé que 52,1 % des répondants n'étaient pas inscrits sur les listes. Chez les 18-21 ans, la proportion atteignait environ 59 %. L'enquête portait sur des étudiants et ne décrit donc pas l'ensemble du pays.
Les raisons avancées étaient à la fois pratiques et politiques : longues files d'attente, centres d'inscription éloignés, portail en ligne difficile à utiliser, mauvaise connexion internet et défiance envers le système. Une haute responsable de la commission électorale a reconnu, lors de la même rencontre, que l'institution souffre d'un déficit de confiance et dit travailler à le combler.
Et s'inscrire n'est pas voter. La participation aux élections nigérianes de 2023 a été de 26,72 % des inscrits.
Reste la question de savoir qui figure sur le bulletin. La liste définitive compte 18 candidats à la présidence. Le plus jeune a 35 ans. Le plus âgé, Atiku Abubakar, en a 79.
Kenya : un mouvement né dans la rue
La commission électorale kényane s'est fixé pour objectif 6,3 millions de nouveaux électeurs avant le scrutin de 2027. Parmi eux, 5,1 millions devaient appartenir à la génération Z, nés entre 2006 et 2009 et trop jeunes pour voter en 2022. Atteindre l'objectif porterait le fichier de 22,1 millions à environ 28 millions d'électeurs.
Une campagne d'inscription massive de 30 jours s'est déroulée du 30 mars au 28 avril. Le rapport final de la commission dénombre 2 345 476 personnes inscrites pendant ces 30 jours et 2 612 725 depuis la reprise de l'inscription continue en septembre 2025. Son président, Erastus Ethekon, a qualifié les jeunes d'énergie qui a porté l'opération. La commission reste néanmoins loin des 6,3 millions.
Ce qui distingue le Kenya, c'est l'origine de cette énergie. En 2024, des manifestations menées par des jeunes contre un projet de loi de finances ont contraint le gouvernement à le retirer et le président à dissoudre son cabinet. Il en est sorti une campagne, Niko Kadi, ce qui signifie à peu près « je suis inscrit sur les listes », lancée par des jeunes pour transformer la colère de la rue en bulletins de vote.
Elle a eu assez de succès pour que tout le monde veuille désormais s'en réclamer. Le président William Ruto s'y est joint. Son ancien vice-président, Rigathi Gachagua, l'accuse de chercher à la récupérer et dit aux jeunes que s'inscrire est le moyen de le faire partir.
Le Kenya a le même point faible que le Nigeria. Le bilan dressé par la commission électorale elle-même a jugé remarquablement faible la participation des jeunes électeurs en 2022. L'une de ses commissaires, Anne Nderitu, a déclaré que le vrai problème n'est pas le nombre, mais l'écart entre la participation possible et la participation réelle.
Côte à côte
- La date du vote. Nigeria : le 16 janvier 2027, pour la présidentielle. Kenya : plus tard en 2027.
- Ce qui a porté l'inscription des jeunes. Nigeria : la campagne de la commission électorale et ses ambassadeurs de la jeunesse. Kenya : une campagne menée par des jeunes, Niko Kadi, née des manifestations de 2024.
- Le chiffre clé. Nigeria : 9,3 millions de jeunes nouvellement inscrits en 2026. Kenya : 2,6 millions de nouveaux électeurs depuis septembre 2025, pour un objectif de 6,3 millions.
- Le poids des jeunes. Nigeria : les 18-34 ans représentent 28,79 % du fichier. Kenya : 17,8 millions de Kényans auront entre 18 et 34 ans en 2027.
- Le signal d'alerte. Nigeria : 26,72 % de participation en 2023, et la moitié des étudiants interrogés non inscrits. Kenya : une participation des jeunes jugée remarquablement faible en 2022.
Ce qu'il faut surveiller
Au Nigeria, l'épreuve vient en premier, et bientôt. Si les nouveaux inscrits se déplacent en janvier, le bloc des 18-34 ans est assez grand pour peser partout. Si la participation reste proche du niveau de 2023, le fichier aura grossi sans que l'électorat change.
Au Kenya, la question est de savoir si un mouvement qui a déjà fait reculer un gouvernement peut accomplir le travail plus lent du vote. Ses responsables politiques pensent manifestement que oui, et c'est pourquoi ils se disputent son slogan.
Dans aucun des deux pays l'issue ne se joue sur les chiffres d'inscription. Ils mesurent qui pourrait voter. Les élections diront qui vote.
Sources : chiffres de la Commission électorale nationale indépendante du Nigeria rapportés par ThisDay et Business Post ; Centre for Journalism Innovation and Development, via AllAfrica ; Nairametrics ; chiffres de la commission électorale du Kenya rapportés par la Kenya News Agency et le Daily Nation.


