Le scientifique congolais Jean-Jacques Muyembe reçoit le prix Virchow 2026 à Berlin
Cinquante ans après avoir affronté la première épidémie d'Ebola à Yambuku, le virologue congolais est distingué aux côtés de Peter Piot par l'une des récompenses les plus prestigieuses de la santé mondiale, une reconnaissance du leadership scientifique africain.

Berlin — Le virologue congolais Jean-Jacques Muyembe-Tamfum a reçu le prix Virchow 2026 pour la santé mondiale samedi 10 octobre à l'hôtel de ville de Berlin, le Rotes Rathaus. Il partage ce prix avec le scientifique belge Peter Piot, son collaborateur de longue date dans la lutte contre Ebola.
Le comité du prix Virchow a distingué les deux hommes pour leur rôle pionnier dans la découverte, la maîtrise et la compréhension des menaces épidémiques, et pour avoir renforcé une coopération équitable et multilatérale face aux flambées de maladies infectieuses.
Cinquante ans après Yambuku
La récompense est chargée de symbole. En 1976, il y a exactement cinquante ans, Jean-Jacques Muyembe fut parmi les premiers scientifiques à affronter une maladie mystérieuse et mortelle à Yambuku, dans l'actuelle République démocratique du Congo. Travaillant sans équipement de protection ni véritable laboratoire, il a enquêté sur l'épidémie et prélevé les échantillons qui, analysés à Anvers par Peter Piot et ses collègues, ont conduit à l'identification d'un virus jusqu'alors inconnu : Ebola.
Peter Piot s'est ensuite rendu à Yambuku pour rejoindre l'équipe de Jean-Jacques Muyembe sur le terrain. Leur collaboration, et leur amitié, durent depuis.
Un scientifique qui a choisi de rester
Ce qui distingue Jean-Jacques Muyembe, c'est un choix : il est resté dans son pays pour y bâtir des capacités scientifiques là où elles étaient le plus nécessaires.
En cinq décennies, il a dirigé les investigations sur de nombreuses épidémies d'Ebola en RDC. Il est le co-inventeur du mAb114, un anticorps monoclonal devenu le premier traitement contre Ebola approuvé par l'agence américaine du médicament, la FDA.
À la tête de l'Institut national de recherche biomédicale (INRB), centre collaborateur de l'OMS depuis 2018, il a construit un réseau de surveillance, de diagnostic et de soins présent en première ligne de toutes les grandes crises sanitaires du pays, du Covid-19 à la mpox et à l'épidémie d'Ebola de 2026. Il a aussi été le premier président de l'Académie congolaise des sciences.
Pour le comité du prix, son parcours remet en cause la marginalisation historique des scientifiques du Sud et montre l'intérêt d'investir dans des systèmes de recherche ancrés dans l'expertise locale.
Une reconnaissance pour la science africaine
Jean-Jacques Muyembe rejoint une courte liste de lauréats qui compte déjà le scientifique camerounais John Nkengasong, distingué en 2022. Il a notamment reçu auparavant le prix Hideyo Noguchi pour l'Afrique, le prix Afrique de la Royal Society et le prix Christophe Mérieux.
Dans une déclaration commune, les deux lauréats ont dédié la récompense aux collègues qui ont travaillé à leurs côtés pendant des décennies, souvent dans des conditions extrêmement difficiles lors des épidémies d'Ebola. Ils ont souligné que les épidémies mettent à l'épreuve non seulement la médecine, mais aussi la confiance, l'équité et le leadership.
Pourquoi cela compte pour la RDC :
- un scientifique congolais est reconnu au plus haut niveau de la santé mondiale ;
- l'INRB est mis en lumière comme un centre d'excellence bâti sur le sol congolais ;
- la distinction intervient alors que le pays affronte une nouvelle épidémie d'Ebola, rappel qu'investir dans la recherche nationale est une question de survie.
La riposte à une épidémie ne vaut que par les institutions et les personnes qui la conduisent sur le terrain.
Cinquante ans après Yambuku, le monde honore un scientifique congolais qui n'a jamais cessé de se tenir entre son pays et la prochaine épidémie.


