Sécheresse et guerre poussent le Darfour et le Kordofan vers la famine
Selon l'observatoire de la faim soutenu par l'ONU, la malnutrition des enfants dépasse le seuil de famine dans deux camps du Darfour, et un quart seulement des enfants les plus atteints sont soignés.

Port-Soudan — Le risque de famine s'accroît au Darfour et au Kordofan, au Soudan, où une grave sécheresse liée à El Niño s'ajoute aux ravages de la guerre, a averti lundi le principal observatoire mondial de la faim.
L'alerte émane du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire, connu sous le sigle IPC, un partenariat qui réunit notamment le Programme alimentaire mondial et l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture. Selon lui, de nouvelles données montrent une aggravation de la malnutrition en plusieurs endroits, alors que l'aide reste insuffisante faute d'argent, à cause de l'insécurité et des restrictions d'accès.
Ce que montrent les enquêtes
- Dans l'est du Djebel Marra, au Darfour du Sud, une enquête menée dans deux camps de déplacés a relevé une malnutrition aiguë chez les enfants de 38 % et de 30,8 %. Ces deux taux dépassent le seuil qui définit la famine. La faim y était sévère et la mortalité élevée.
- Dans l'ensemble du Grand Darfour, 13 des 17 enquêtes nutritionnelles réalisées depuis janvier ont constaté des niveaux critiques de malnutrition aiguë.
- À Nyala, parmi les enfants amenés pour une aide nutritionnelle, la part de ceux qui devaient être traités pour la forme la plus grave a plus que doublé entre janvier et août, passant de 5 % à 11 %.
L'écart entre les besoins et les soins est frappant. En août, seuls 26 % des enfants censés avoir besoin d'une prise en charge pour malnutrition aiguë sévère avec complications médicales l'avaient reçue. Sans traitement, indique l'alerte, jusqu'aux deux tiers de ces enfants pourraient mourir.
La sécheresse
La sécheresse touche désormais plus de la moitié du Soudan. Au Darfour du Nord, 64 % des terres cultivées présentent une mauvaise croissance des plantes. Les pluies sont arrivées fin septembre, trop tard pour sauver la plupart des céréales, et il est très probable que les prix des céréales continuent de monter.
La guerre
L'alerte décrit le Grand Kordofan comme l'épicentre du conflit. Plus de 300 000 personnes y ont été chassées de chez elles depuis octobre 2025. Les marchés ont subi cette année plus de 170 frappes aériennes, pillages ou affrontements armés.
Les 2 et 3 octobre, deux camions affrétés par le Programme alimentaire mondial ont essuyé des tirs, et au moins une personne a été tuée.
Ce que demande l'observatoire
Le comité d'examen de la famine de l'IPC indique ne pas disposer d'assez de données d'enquête pour une analyse complète, mais estime que les éléments réunis témoignent d'une situation qui se dégrade rapidement. Il parle d'une catastrophe humanitaire déjà d'ampleur historique.
Il demande la fin des combats, un accès sûr et durable pour l'aide, en particulier au Kordofan du Nord et au Kordofan de l'Ouest, et un financement massif et souple. Au 8 octobre, moins de la moitié de l'appel humanitaire pour le Soudan était financée.
Source : ONU Info, 12 octobre 2026.


