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RDC : le pays aux 50 % d'eau douce de l'Afrique importe son poisson salé

Selon une étude publiée en octobre 2026, la RDC dépense 150 à 220 millions de dollars par an pour importer du poisson salé-séché qu'elle pourrait produire. L'auteure propose une feuille de route 2026-2030 pour reconquérir ce marché.

PANM Newsroom
Kinshasa4 min de lecture
Madame Patricia Maisha ,Présidente du REDIC (Réseau pour le développement intégral du Congo )
Madame Patricia Maisha ,Présidente du REDIC (Réseau pour le développement intégral du Congo )

La République démocratique du Congo abrite près de 50 % des ressources en eau douce du continent, avec le fleuve Congo et les lacs Tanganyika, Kivu et Albert. Pourtant, le pays importe chaque année entre 80 000 et 120 000 tonnes de poisson salé-séché, surtout de la morue et du lieu noir de Norvège et d'Islande, du chinchard des Pays-Bas et de Lituanie, ou du poisson d'aquaculture de Chine et du Viêt Nam.

Cette dépendance représente une fuite de devises de 150 à 220 millions de dollars par an, selon une étude de Patricia Maïsha Ishingwa, chercheuse indépendante et apprenante en Master de Commerce international à l'Université pédagogique nationale de Kinshasa. Publiée dans l'International Journal of Progressive Sciences and Technologies (octobre 2026), elle montre que cette dépendance expose aussi les ménages aux chocs de prix mondiaux et aux dépréciations du franc congolais.

Makayabu contre Bitoyo

L'auteure distingue le « Makayabu », produit importé de l'Atlantique Nord, du « Bitoyo Made in Congo », issu d'espèces locales (capitaine, tilapia, silure) salées et séchées de manière artisanale. Le premier domine le marché. Le second reste marginal, informel et fragmenté.

Une enquête auprès de 485 acteurs

L'étude repose sur une approche mixte : 450 questionnaires, 35 entretiens semi-structurés, 12 focus groups avec des saleuses et des interviews d'experts (OCC, ministères, importateurs). Elle couvre trois sites : Kinshasa, principal pôle de consommation, Muanda sur la façade atlantique, et Kalemie sur le lac Tanganyika. Des analyses de laboratoire complètent le diagnostic.

Des produits locaux non conformes

Le Bitoyo artisanal affiche en moyenne 41,2 % d'humidité, contre 20 à 25 % recommandés par le Codex Alimentarius. Les analyses y relèvent la présence de Staphylococcus aureus et de coliformes fécaux, absents des échantillons importés, ainsi que du sable et des larves d'insectes.

Le séchage à même le sol, l'absence de glace à bord (moins de 2 % des embarcations en disposent) et un délai de 8 à 14 heures avant le salage provoquent des pertes post-capture de 25 à 35 %. Sur 100 kg de poisson frais, seuls 45 à 50 kg de produit vendable parviennent au consommateur.

Un paradoxe logistique

L'étude parle d'un « paradoxe d'enclavement interne ». Transporter une tonne de Kalemie à Kinshasa coûte environ 550 dollars, contre 150 dollars de Rotterdam à Matadi. Sur le fleuve, les convois mettent 15 à 25 jours entre Kisangani ou Mbandaka et la capitale. Le sel, acheté au détail par les transformatrices, reste cher, alors que les importateurs obtiennent des tarifs de gros.

Une fiscalité asymétrique

Un saleur artisanal doit composer avec plus de douze services de contrôle aux frontières intérieures, qui prélèvent des taxes forfaitaires illégales à chaque étape. Les grands importateurs bénéficient de facilités douanières, de crédits d'enlèvement et d'outils de couverture du risque de change, ce qui leur permet de pratiquer des prix très agressifs à Kinshasa.

Des femmes en première ligne

La transformation est assurée à 92 % par des femmes, les « Mamas saleuses », d'un âge moyen de 42 ans et dont 64 % sont analphabètes. Parmi elles, 94 % financent leur activité par des tontines (likelemba) ou des avances à taux usuraire, et 82 % ne disposent d'aucun équipement de protection. Côté pêche, 78 % des pêcheurs travaillent dans l'informel, pour un revenu net moyen de 85 dollars par mois.

Une feuille de route 2026-2030

Pour l'auteure, cette dépendance n'est ni une fatalité géographique ni le résultat d'une pénurie de ressources, mais celui d'une « défaillance systémique de gouvernance ». Elle propose un plan en trois phases, visant à réduire de 40 % les importations de Makayabu d'ici 2030 :

  • 2026-2027, urgence et normalisation : suppression des taxes informelles sur le transport intérieur, arrêté interministériel fixant des normes d'hygiène, distribution de 2 000 bacs isothermes et de 100 tables d'éviscération à Muanda et Kalemie ;
  • 2027-2028, structuration et commande publique : cinq centres pilotes de transformation (Muanda, Kalemie, Mbandaka) et quota de 30 % de Bitoyo local dans les cantines de l'armée, de la police et des hôpitaux, soit 15 000 tonnes par an visées ;
  • 2029-2030, échelle et industrialisation : usine de sel industriel à Muanda, conditionnement sous vide certifié par l'OCC et surtaxe à l'importation sur le Makayabu.

Sur le plan technique, l'étude mise sur les séchoirs solaires sous serre, qui ramèneraient le séchage de cinq jours à 48 heures et l'humidité sous 20 %, et sur un label collectif « Bitoyo du Bassin du Congo ».

Des mesures d'accompagnement

L'auteure recommande aussi une taxe de péréquation de 5 % sur les poissons importés, destinée à alimenter un Fonds national de soutien à la pêche artisanale, l'exonération de droits et de TVA sur les équipements de transformation, et une ligne de crédit bonifié, à moins de 5 %, réservée aux coopératives féminines.

Sa conclusion : la souveraineté alimentaire congolaise se construira moins dans les négociations internationales que « sur les berges de ses lacs et de ses fleuves ».

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