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Kabila, l'AFC/M23 et nous : la jeunesse congolaise n'a pas le droit de se tromper de camp

Le Groupe d'experts de l'ONU, les sanctions américaines et le silence de Joseph Kabila sur l'occupant ont levé l'ambiguïté. Face à une rébellion armée, il n'existe pas de neutralité confortable : soutenir l'institution, c'est défendre le principe que le pouvoir se conquiert par le vote.

PANM Newsroom
Kinshasa3 min read
Kabila, l'AFC/M23 et nous : la jeunesse congolaise n'a pas le droit de se tromper de camp

Pendant des mois, on a parlé de procès d'intention. Lorsque le Président Félix Tshisekedi affirmait, en mai dernier à Bruxelles, que « l'Alliance Fleuve Congo, c'est lui », beaucoup ont haussé les épaules. Une outrance de campagne, disait-on. Une obsession politique. Aujourd'hui, les faits ont rattrapé les sceptiques.

Ce que disent les faits

Depuis mai 2025, Joseph Kabila circule librement dans les territoires occupés par l'AFC/M23 et y rencontre la direction du mouvement. Ce n'est plus une rumeur de salon kinois : c'est le constat du Groupe d'experts des Nations unies, dont le rapport de juin 2026 fait état d'une restructuration en préparation de la rébellion et d'une association de plus en plus étroite avec l'ancien président. Le même rapport désigne James Kabarebe, conseiller de Paul Kagame, comme coordinateur des relations avec l'AFC/M23 et avec Joseph Kabila lui-même.

Washington l'a sanctionné en avril. La justice militaire congolaise l'a condamné en septembre 2025. Et le 9 octobre, il est sorti de son silence pour dénoncer une « dictature » et promettre d'agir dans les jours ou les semaines à venir. Sans un mot pour les déplacés. Sans un mot contre ceux qui occupent Goma et Bukavu.

Quand un ancien chef de l'État ne condamne jamais l'occupant et annonce une action dont il tait la nature, il n'y a plus de place pour l'ambiguïté. Le Président avait vu juste.

L'éternel retour du même scénario

Notre histoire récente a un goût de déjà-vu. En 1996, l'AFDL. En 1998, le RCD. Puis le CNDP, puis le M23 de 2012, puis l'AFC/M23. Chaque décennie, une rébellion naît à l'Est, adossée à des parrains étrangers, et prétend « libérer » le Congo. Chaque fois, ce sont les Congolais de l'Est qui paient : les morts, les viols, les villages vidés, les mines pillées.

L'ironie est cruelle. En 2012, c'est le même Joseph Kabila qui combattait le M23 et dénonçait le rôle du Rwanda. Celui qui combattait hier cette rébellion lui sert aujourd'hui de caution politique. Ce n'est pas une conversion. C'est la logique d'un système qui, privé du pouvoir, est prêt à le reprendre par la porte de derrière.

Ce cercle vicieux a une constante : il prospère sur nos divisions. Chaque fois que les Congolais se déchirent entre eux, l'occupant avance.

Soutenir l'institution, pas un homme

Je ne demande à personne d'aimer un président. Je demande à chacun de comprendre ce qui est en jeu. Face à une rébellion armée, il n'existe pas de neutralité confortable. Il y a l'État, imparfait, à réformer, mais légitime et issu des urnes, et il y a ceux qui veulent le remplacer par les armes et avec l'appui de l'étranger.

Soutenir le Président de la République aujourd'hui, c'est soutenir le principe même que le pouvoir se conquiert par le vote et non par la kalachnikov. Ce n'est pas un chèque en blanc. C'est un front commun.

Le pont entre deux époques

Félix Tshisekedi occupe une place singulière dans notre histoire. Il est le premier président issu de l'opposition à accéder au pouvoir par une alternance pacifique. Il porte en lui la mémoire du combat démocratique de l'UDPS et, en même temps, la responsabilité d'ouvrir la voie à une nouvelle génération politique.

Il est la charnière. Derrière lui, l'ancien système, ses réseaux et sa culture de la prédation. Devant lui, une jeunesse congolaise nombreuse, connectée, formée ici et dans la diaspora, qui ne veut plus hériter des guerres de ses aînés. Le rôle historique de cette présidence est de tenir la porte ouverte assez longtemps pour que cette génération la franchisse.

À la jeunesse congolaise

Nous sommes la majorité de ce pays. Nous sommes aussi ceux que les rébellions recrutent, que les conflits déplacent et que le chômage désespère. Nous avons donc le plus à perdre si le cycle recommence, et le plus à gagner s'il s'arrête.

Notre soutien doit être exigeant :

  • exigeant sur la défense du territoire ;
  • exigeant sur la lutte contre la corruption et la transparence dans la gestion des ressources ;
  • exigeant sur la place réelle faite aux jeunes dans les institutions.

Mais il doit être clair : on ne bâtit pas la République en pactisant avec ceux qui la combattent.

La génération qui a vu tomber Goma et Bukavu n'a pas le droit de se tromper de camp.

L'histoire ne se répète que pour ceux qui refusent d'en tirer les leçons : à nous, cette fois, de la faire bifurquer.

Gedeon Baleke est Secrétaire général de l'African Coalition for Development (ACD) et fondateur de Congolese Young Leaders (CYL). Il est titulaire d'un MGA de la Munk School of Global Affairs.

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